Daum, entre Art et Industrie

 

Par Julie-Chloé Mougeolle

Daum et Nancy, deux noms indissociables qui évoquent l’épopée d’une des plus grandes cristalleries françaises, créée à la fin du XIXème siècle, et dont la notoriété, à l’origine, est lié au mouvement de l’Ecole de Nancy, fondée dans les années 1900.

Longévité et créativité sont les caractéristiques de cette entreprise qui a su, au fil du temps, faire évoluer sa production, notamment en pâte de cristal, technique redécouverte par Daum et qui a contribué largement à sa renommée à travers le monde.

La Collection Daum du Musée des Beaux-Arts de Nancy

Riche de plus de 600 pièces, la collection Daum du Musée des Beaux-Arts de Nancy est considérée, aussi bien par la communauté scientifique que par le public, comme la collection de référence. En effet, elle n’a d’équivalent dans aucun musée français ou étranger. Cet ensemble, d’une qualité esthétique et historique de premier plan, permet de présenter l’histoire de la manufacture depuis ses débuts dans les années 1880 jusqu’aux créations des années 1990.

Daum, histoire d’une famille

Jean Daum, notaire à Bitche, s’établit à Nancy après l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine en 1871 par la Prusse. En 1878, de malheureux placements financiers le contraignent à racheter une verrerie locale fabriquant de la gobeleterie ordinaire. Etranger au domaine du verre, il recrute des ouvriers. Ce sont eux qui, se succédant, parfois durant plusieurs générations, assureront la renommée et la qualité des objets réalisés par l’entreprise. Son fils Auguste vient rapidement le seconder, rejoint en 1887 par son frère Antonin dont la personnalité va marquer profondément le devenir de l’entreprise.

Vers 1891, Antonin Daum qui eut l’intuition du renouveau des arts décoratifs et de la nécessité d’y prendre part, crée un département artistique. De plus en plus prisée, la production de cet atelier ne cesse de croître, soutenue et développée par des collaborateurs à la forte personnalité. Jacques Gruber, Henri Bergé et Amalric Walter qui introduit la technique de la pâte de verre. Les pièces réalisées s’inscrivent dans le courant Art nouveau. Dès lors, l’entreprise Daum participe pratiquement à toutes les Expositions universelles.

Les distinctions qu’elle y remporte assurent sa notoriété, en particulier le Grand Prix reçu à Paris en 1900, tout comme Emile Gallé dont elle devient l’égale en terme de notoriété.

C’est dans ce cadre que sont réalisées certaines pièces exceptionnelles. Quant à la production courante, elle combine, selon les désirs de la clientèle, toute une gamme de décors et de formes prédéfinis.

Après la première guerre mondiale, la réalisation de pièces Art nouveau se poursuit conjointement à une production Art déco. Développée par Paul Daum, cette nouvelle esthétique qui use de formes géométriques et des couleurs nouvelles, est couronnée lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925.

Après la deuxième guerre mondiale, Henri et Michel Daum prennent la tête de l’entreprise et privilégient alors les transparences du cristal et les formes épurées. A la fin des années 60, ils s’adressent à des artistes de renom international comme Salvador Dali ou César, plus récemment Hilton Mac Connico, Garouste et Bonnetti et Christian Pillet pour créer des modèles réalisés en pâte de verre. Un des faits remarquables de la manufacture Daum est sa longévité associée à une renommée jamais démentie. Elle a su s’imposer depuis plus d’un siècle en s’adaptant systématiquement aux goûts de chaque époque et en gérant au mieux les contraintes et obligations qu’implique une industrie d’art. A côté de la création de pièces exceptionnelles, l’amélioration de la qualité de la production courante et le développement des services de table constituent aujourd’hui encore l’un des points forts de l’entreprise.

 

 

 

 

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