Expo TOUAREGS au Musée des Confluences

Par Julie-Chloé Mougeolle

Les Touaregs, Poésie, Bijoux et authentique discrétion

Explorateurs, militaires et peintres du désert ont contribué à façonner l’imaginaire que nous nous faisons de la culture touarègue. Rêves de Sahara et caravanes de dromadaires s’étirant dans les dunes en sont quelques clichés. La culture touarègue contemporaine est pourtant loin de cette imagerie figée. Ouverte sur le monde, innovante, dynamique, son identité est en perpétuelle mouvement, oscillant, à l’image de son esthétique, entre tradition et modernité.  C’est à cette découverte que le musée des Confluences de Lyon vous convie.

Cartographie

Les sociétés touarègues disparates sont disséminées au sein du Sahara. Elles n’ont pas de nation propre reconnue. Pourtant, malgré des spécificités régionales, elles constituent une entité culturelle à l’identité et aux valeurs communes. Leur territoire s’étend sur cinq pays africains : l’Algérie, le Niger, le
Mali, la Libye et le Burkina Faso. Cet espace, qu’ils partagent avec d’autres populations, est situé au cœur d’un réseau d’échanges commerciaux. Traditionnellement, les sociétés touarègues s’organisaient en confédérations qui, le plus souvent, rassemblaient les tribus installées dans une même région. Difficile à recenser, le nombre de Touaregs est estimé entre 1,5 et 3 millions d’individus.

Un étranger qui nous ressemble

Leur modération religieuse, la place privilégiée accordée aux femmes, leur goût pour le motif de la croix, conduisent même les Occidentaux à leur attribuer des origines romaines ou chrétiennes, thèse renforcée par l’anthropologie biologique de l’époque qui identifie les Touaregs comme étant de “race blanche”. Cette image se diffuse dans la société à travers la presse, la littérature, la publicité, les beaux-arts.

Rêve de Sahara

Le Sahara et ses habitants sont depuis longtemps l’objet de fantasmes pour les Occidentaux. Pourtant aride et hostile, le désert, dans toute son immensité, représente un idéal de liberté. L’image idyllique de populations nomades vivant en symbiose avec la nature au sein de grands espaces vierges, fait rêver. La caravane, le thé, les dunes, constituent toute une imagerie, dont la simple évocation provoque un désir d’évasion.

Des femmes raffinées

Les femmes bénéficient également d’un regard bienveillant. Musiciennes
et poétesses, elles sont considérées comme particulièrement érudites. Celles-ci apparaissent toujours richement parées et couvertes de bijoux. Ces représentations renforcent l’idée d’une population “civilisée”, proche de la nôtre.

Une image qui se brouille

À l’heure actuelle, ces stéréotypes sont bousculés, alors que le mode de vie des Touaregs se trouve profondément bouleversé par des problèmes d’ordre géopolitique, économique et climatique… Divers extraits de reportages TV di usés au sein de l’exposition relatent les actualités, souvent de manière confuse, qui a ectent les régions du Sahara et du Sahel, véhiculant à leur tour des amalgames de scènes négatives, au risque de nourrir de nouveaux fantasmes à l’égard des Touaregs.

Les codes d’une esthétique dynamique

Particulièrement sobre, l’esthétique touarègue se traduit par des objets aux formes géométriques épurées, aux proportions équilibrées, dans un registre de couleurs restreint, et qui prennent vie dans le mouvement. Ces caractéristiques, qui participent à une recherche constante d’harmonie, se retrouvent dans l’artisanat du bois, du cuir, les bijoux, les parures ainsi que dans la poésie. Ce e sobriété s’exprime également avec le port du voile masculin, le tagelmust, qui, couvrant le nez et la bouche, permet de dissimuler ses émotions. La façon de le draper est considérée comme un art et indique la position sociale. Traditionnellement porté par les nobles, ce symbole de réserve, de politesse et de respect a peu à peu été adopté par toute la société.

Les Touaregs manifestent également leur pudeur et leur réserve dans leur manière
de s’exprimer, en pratiquant le tangält, art de l’évitement des mots et des sentiments crus. Ils parlent avec mesure, par des allusions, métaphores ou poèmes, posant ainsi un voile sur la parole.

Une palette de couleurs réduites

L’esthétique touarègue s’appuie sur une pale e réduite de couleurs, composée principalement de bleu, de rouge et de vert, déclinés en de nombreuses nuances. Le bleu symbolise tout particulièrement la beauté et l’élégance. Lors des fêtes, hommes et femmes portent des voiles et des vêtements imbibés d’indigo qui teintent leur peau, leurs gencives et leurs lèvres. Les Touaregs se fournissent en pigments et teintures dans le cadre des échanges commerciaux qu’ils entretiennent avec des pays voisins.

La place des hommes et des femmes dans la société

Les femmes et les hommes occupent des rôles distincts au sein de la société, opposés mais complémentaires. Les parures valorisent ces rôles sociaux et témoignent des activités de chacun. Les femmes représentent la stabilité et la protection, leur place est centrale, elles sont les piliers de la société et possèdent les biens matériels ainsi que la tente. Ce rôle est notamment illustré par les clés de voile : les femmes avaient en effet l’habitude d’accrocher à leur voile les clés des cadenas fermant les sacs de la tente. Ces clés ont peu à peu perdu leur fonction utilitaire pour devenir de véritables bijoux, attachés à un coin de voile et jetés dans le dos pour le maintenir en place. Les femmes sont également détentrices du savoir culturel, notamment à travers la maîtrise de l’écriture, elles travaillent aussi le cuir et pratiquent la musique. Le domaine des hommes est celui du voyage, plus incertain et inquiétant, au cours duquel ils pratiquent la poésie dans la solitude. Les objets qu’ils utilisent font références aux activités qui les valorisent socialement : l’art de la guerre, le commerce, le voyage. L’épée, takuba, est une arme prestigieuse portée lors des grandes occasions. Elle est censée représenter la noblesse et le courage. Certaines possèdent des motifs particuliers sur la lame, qui indiquent leur qualité et leur origine. Les hommes portent également des bijoux d’apparat telle la tshérot de tête.

Les grandes fêtes annuelles sont l’occasion pour les jeunes des différentes régions de se rencontrer et de se mesurer entre eux. Ils arborent leurs plus belles parures, soignent leur apparence et présentent ainsi l’excellence de leur manière, de leur culture et de leur beauté. Cette mise en scène de soi s’apparente à une véritable compétition esthétique pour l’honneur, rythmée de danses, de poésies, de joutes verbales, de musiques, et de jeux de séduction.

Acteurs de leur identité

L’imaginaire qui s’est forgé autour des Touaregs, repose sur certaines réalités. Mais ces images réductrices et déformées, ont produit des caricatures
aux antipodes de leur identité riche et complexe. Grâce à cette identité culturelle forte, les Touaregs ont pu déployer des stratégies d’adaptation et de résistance. Alors que la société traditionnelle est déstructurée et affaiblie, ils développent une nouvelle économie, le tourisme, et exploitent à leur tour le mythe de l’homme bleu pour s’adresser au monde. À travers l’artisanat et la musique, ils parviennent à propager leur style, affirmer
 leurs revendications et renforcer ainsi la tradition et l’identité collective. Ils redeviennent alors acteurs dans la construction de leur image.

Les Touaregs, confrontés au chômage de masse, ont vite réalisé qu’ils pouvaient tirer profit du tourisme. Les artisans touaregs s’adaptent aux goûts et aux besoins de cette clientèle, en créant des bijoux et objets dont les formes et les usages sont nouveaux, mais dont le style est toujours identifiable. Certains de ces artisans voyagent en Europe et en Amérique et diffusent ainsi leur culture, en se parant de leurs habits traditionnels pour satisfaire l’imaginaire des occidentaux.

Un modèle pour les créateurs occidentaux

Parallèlement, l’esthétique touarègue nourrit l’inspiration des créateurs occidentaux. Bijoutiers et maisons de prêt-à-porter de luxe ou grand public, comme Hermès, Cotélac ou Ombre Claire se réapproprient le
 style, mais ne se contentent pas d’en faire un modèle. Ils font fabriquer leurs productions au Niger par des forgerons et artisans Touaregs. Leur savoir-faire autant que leur capacité à répondre aux exigences des plus grandes marques témoigne de la valeur de leur technique.

La musique pour faire entendre sa voix

Dans les années 1980, un mouvement de protestation émerge, impulsé par
 de jeunes Touaregs en exil. Il propose une radicalisation de la révolte par 
la musique, pour exprimer les revendications de leur peuple privé de parole. Les chants, engagés et poétiques, se répandent dans tout le pays touareg et franchissent les frontières. Les membres du groupe Tinariwen, dont certains sont d’anciens rebelles armés, sont à l’origine du renouvellement de la musique touarègue et de l’action politique. Lors de fêtes clandestines, ils s’accompagnent d’instruments pour chanter leurs poésies revendicatives, ce qui était autrefois réservé aux femmes. Peu à peu, ils ont acquis une renommée internationale.

Du 17 octobre 2017 au 4 novembre 2018 www.museedesconfluences.fr

 

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