La globalisation vs. le peuple

On la croyait acquise, irrévocable. Elle était censée sécréter quasi-mécaniquement le bien être, augmenter la productivité à la faveur des échanges commerciaux libéralisés. Toutes les barrières furent donc abattues pour favoriser la globalisation car il serait dit que marchandises et capitaux circuleraient sans contrôle ni régulation. Et les perdants d’aujourd’hui –si perdants il y aurait au sein de nos sociétés occidentales!- seraient compensés demain par une élévation de leur niveau de vie. On avait pourtant négligé de nous dire que les grands bénéficiaires de la globalisation ne seraient pas seulement les travailleurs des pays en développement, et tant mieux pour eux ! Les riches et les nantis de nos nations occidentales -qui n’en avaient pas vraiment besoin– furent effectivement –chez nous- les grands gagnants de la globalisation, par commerce, par spéculation et par investissement interposés.

Voilà pourquoi ce qui reste de classe moyenne aux Etats-Unis et en Europe s’associe désormais aux plus démunis pour rejeter la globalisation et pour adopter des mesures protectionnistes qui nuiront certainement à nos propres entreprises nationales d’ores et déjà en pleine crise existentielle de productivité. En réalité, la montée du sentiment protectionniste coïncide avec la stagnation économique sévissant dans la quasi-totalité des pays occidentaux qui ont dû mettre en place le rouleau compresseur de la rigueur budgétaire, tandis que quelques rares nations accumulent des excédents scandaleux et parasitaires. Nous parvenons à peine à générer ces dernières années une croissance positive dans un contexte d’inflation quasi nulle et de taux d’intérêt zéro –voire négatifs- au Japon et en Europe du fait d’une épargne massive qui évite soigneusement de s’investir dans l’économie réelle. Bref, pourquoi dépenser quand notre économie est susceptible sans crier gare de replonger dans la récession? Et quoi de plus naturel que de chercher à se protéger quand certaines entreprises, quand certaines banques et même quand certaines nations se comportent en prédatrices?

Ce mouvement n’est donc désormais plus considéré comme irrésistible, encore moins irréversible. Alors que, depuis le XIXème siècle, le coût du transport des marchandises a considérablement décliné pour profiter évidemment au commerce mondial et, par voie de conséquence, à l’économie des pays partenaires commerciaux. Alors que le commerce fut progressivement constitutif de l’économie moderne. Le travailleur et le salarié moyen, l’employé peu qualifié, le monde agricole ont été spoliés et leurs intérêts matériels lamentablement ignorés, pour le plus grand avantage des heureux élus, des citadins et des diplômés qui tiraient allègrement leur épingle du jeu. L’année 2016 sera cependant un point d’inflexion, un signal bruyant envoyé par les peuples occidentaux qui donne incontestablement un coup d’arrêt à la globalisation. Les événements de 2016 –et ceux à venir de 2017– sont un avertissement sans équivoque adressé aux élites sommées de repenser toute leur stratégie économique, de réorienter toute leur politique sociale. Elles devraient prendre ces coups de semonce très au sérieux car les enjeux sont gigantesques : il y va de la paix en Occident dont le déclin est irrémédiable.

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