Les keynésiens aiment Trump !

Text by Michel Santi 

Comment comprendre la sérénité – ai-je dit l’euphorie? – des marchés suite à l’élection de Donald Trump ? Assurément, pas de crise économique ni de récession ne sont envisagées dans un contexte où la domination des Républicains au Sénat, à la Chambre des Représentants et à la Maison Blanche stimuleront les prises de décision relativement rapides car consensuelles, et la mise en place d’une partie importante du programme du candidat Trump. Il est néanmoins un marché –l’obligataire- qui nous envoie un tout autre message depuis cette élection présidentielle américaine. Ses valorisations se dégradent en effet brutalement, signe que les marchés anticipent une hausse des taux d’intérêt US car la future administration Trump s’est engagée à intensifier les dépenses publiques au bénéfice de la construction et de la rénovation des infrastructures (délabrées) du pays. Combinées aux réductions massives d’impôts également promises, ces mesures déclinent une politique publique keynésienne, cas d’école pour relancer une économie que j’appelle de mes vœux depuis 2008 !

De fait, les dépenses publiques sont pratiquement toujours supérieures lorsque les Etats-Unis sont présidés par un Républicain. Un Président issu de ce parti a effectivement dépensé un quart de point de P.I.B. par an de plus que son alter ego Démocrate depuis les administrations s’étant succédées après la seconde guerre mondiale. A cet égard, la chute ininterrompue et assez spectaculaire du marché obligataire depuis l’élection de Trump révèle que les intervenants économiques et financiers considèrent que ce nouveau Président persévèrera dans la logique keynésienne de ses prédécesseurs Républicains, et qu’il se départira donc de la politique rigoriste des Démocrates ayant très souvent à cœur de renflouer les déficits et même de maintenir des excédents publics.

Du coup, les marchés et les acteurs économiques anticipent un regain des pressions inflationnistes (reflétées par une baisse du marché obligataire lequel évolue en sens inverse) : inflation bienvenue et seule susceptible d’opérer cet allumage de la fusée économique au sein de nos économies occidentales empêtrées dans une stagnation que je qualifie de «séculaire» depuis deux ans. Certes, la Réserve fédérale US –qui s’est dépensée et qui a dépensé sans compter pour relancer son économie- aurait-elle pu elle aussi contribuer à une certaine relance de l’inflation en affichant clairement son intention de ne pas remonter les taux d’intérêt américains, voire en introduisant un nouveau programme de baisses de taux quantitatives (création monétaire). Cependant, les membres du directoire de cette vénérable banque centrale ont très clairement des réticences d’ordre intellectuelles qui les empêchent de maintenir les taux à leur niveau actuel proche du zéro alors que l’économie est proche du plein emploi.

Comme les dépenses d’infrastructures substantielles de l’administration Trump (ponctionnées sur le budget fédéral) se traduiront par une hausse du taux d’intérêt réel de l’économie, la Fed sera donc en mesure de remontrer très progressivement ses propres taux directeurs, tout en maintenant ceux-ci en-dessous du taux d’intérêt réel de l’activité économique afin de ne pas casser la reprise. Cette alliance objective entre la Réserve fédérale (dirigée par une Démocrate) et l’administration Trump constituerait donc une combinaison keynésienne idéale à laquelle applaudissent déjà les marchés.

Voilà de longues années que la Fed tente –à la faveur d’une politique monétaire énergique et hétérodoxe- d’agir pour remontrer le taux d’équilibre réel de l’économie américaine au-dessus de son propre taux d’intérêt nominal. Il n’a pourtant suffi que de quelques jours pour que ce taux d’intérêt réel de l’économie US passe désormais allègrement au-dessus du taux directeur défini par la banque centrale : à la faveur de l’accession au pouvoir d’un Président déterminé à appliquer une relance typiquement keynésienne. En quelques jours, Donald Trump a pu accomplir ce que la toute puissante Réserve fédérale tentait quasi désespérément de mettre en place depuis 2008 !

Preuve que le politique prime sur l’économique. Preuves que détermination et que volonté conditionnent confiance et croissance.

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