Mais où sont les faillites d’antan ?

Texte by Michel Santi 

Adam Smith l’avait noté: les Etats ne remboursent jamais leurs dettes. A la faveur de l’industrialisation, de la modernisation et de la globalisation des économies, le secteur privé s’est lui aussi joint au secteur public et rembourse rarement ses dettes. Car, tout au long de l’histoire des Etats -voire de l’Histoire tout court-, le défaut de paiement fut une sorte de plus petit commun dénominateur ayant consacré un incontestable fait : à savoir qu’une proportion d’endettements toujours plus importante ne sera pas réglée.

Admettre en effet que toutes les dettes ne sont pas équivalentes et que toutes ne doivent pas être systématiquement repayées instille au cœur du processus économique une différentiation favorable à la croissance, une sorte de dynamique vertueuse. La reconnaissance de ces nuances parmi les dettes revient à définir le rôle de chacun des créanciers, ainsi que sa capacité de bienfaisance ou de nuisance sur l’activité économique. En l’occurrence, les tabous doivent être renversés car la restructuration des dettes réduit le fardeau financier d’une économie. En d’autres termes, il est vital de supprimer les dettes dans un contexte de récession car leur présence même condamne l’économie à s’enfoncer davantage dans le marasme. La présence de dettes induit en effet au sein d’une économie chancelante une spirale infernale qui se termine souvent par le cauchemar absolu de la déflation.

Résultat de ce cheminement intellectuel remontant à plusieurs millénaires et qui impose régulièrement aux créanciers l’effacement de tout ou partie des obligations de leurs débiteurs: les lois sur les faillites sont désormais encadrées et préservent la dignité du failli, le défaut de paiement n’est plus sanctionné par l’emprisonnement. L’esprit de ces lois étant d’autoriser le débiteur de redémarrer sur des bases saines et propres.

Pour autant, nous remarquons depuis une petite décennie l’inversion de cette tendance car le créancier redevient tout puissant, au risque de détruire l’économie. Qu’est l’austérité en fait sinon la manifestation la plus criante des exigences de ces créanciers d’être remboursés au prix de secteurs privé et public forcés de se saigner encore plus afin d’honorer leurs engagements? Comment néanmoins faire comprendre à ces créanciers que leur intransigeance se retourne fatalement contre eux-mêmes car le ralentissement économique –voire la récession– provoqués par la ponction de ces dettes réduit davantage les revenus et du privé et du public qui se retrouvent encore moins en capacité de rembourser leurs dettes.

Toujours est-il que la financiarisation des économies a renforcé la main mise des créanciers qui ont gagné et en pouvoir économique et surtout en pouvoir politique. Nous assistons donc depuis 2008 à l’inversion d’une tendance séculaire – voire millénaire – où la faillite faisait partie intégrante de la vie économique, où elle était le résultat logique des cracks, en quelque chose la dernière étape du cycle de l’activité économique.

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